Chez les petits riziculteurs bio du Pendjab

C’est sur les hauts terroirs du Pendjab, une région située de part et d’autre de la frontière entre l’Inde et le Pakistan, qu’est cultivé le roi des riz, notre riz Basmati bio équitable. Dans ces deux pays, des petits fermiers se sont regroupés en association. C’est avec eux que nous avons créé des filières en Commerce équitable. Les paysans ont pu acheter des outils de travail en commun, des silos pour mieux conserver le riz et le vendre au meilleur prix quand ils le souhaitent. Ils réalisent aujourd’hui des choses impensables jusque-là ! Pour cultiver le riz autrement, en économisant l’eau. Ou encore pour permettre aux femmes de se former afin de gagner en autonomie.

Destination les hauts plateaux du Pendjab, Inde-Pakistan
Côté indien, un Basmati rustique sur un terroir exceptionnel
Aujourd’hui, dans la région de Jammu-et-Cachemire, 896 micro-fermes familiales de 2 coopératives pratiquent une agriculture bio-régénératrice. Ils cultivent une variété de riz Basmati rustique, appelée Ranbir, qui s’épanouit dans son terroir d’origine. C’est un riz exceptionnel qui concentre des nutriments et des arômes typiques. Son parfum de noisettes réveille les papilles. Il faut dire que « basmati » signifie « reine du parfum » en hindi. Il vous réservera une autre surprise : les grains doublent de taille à la cuisson !

Des petites fermes en polyculture-élevage
Les riziculteurs élèvent des poulets et des chèvres dont ils vendent le lait. Sur leurs petites parcelles, ils pratiquent la rotation des cultures pour enrichir la terre. Après la récolte du riz Basmati en novembre, ils sèment des herbes fourragères, de la moutarde, des lentilles… Ils reçoivent des formations aux techniques agricoles biologiques par un ingénieur agricole de l’université de Jammu. Ils se professionnalisent en appliquant les techniques de culture du riz sobre en eau.
Un important programme pour sauvegarder l’écosystème et la biodiversité se poursuit. Autour des rizières, des arbres d’espèces locales sont plantés pour améliorer la fertilité des sols. Objectif : 10 000 à 15 000 arbres chaque année.
En parallèle, chaque famille a un potager-verger avec des légumes, des légumineuses et des arbres fruitiers pour sa consommation, ou parfois comme complément de revenu. On y trouve notamment des goyaviers, des citronniers, de l’arjuna (une plante médicinale utilisée en infusion dans la tradition ayurvédique). Cette diversité renforce l’autonomie alimentaire des familles.
Une culture du riz Basmati sobre en eau
Les petits riziculteurs ont changé leurs habitudes pour cultiver le riz autrement, en réduisant sensiblement l’usage de l’eau. Ils préparent les parcelles en nivelant parfaitement les sols à l’aide d’un laser. Lors du repiquage du riz, ils mettent en terre un seul plant à la fois, en respectant un espacement précis. Pendant tout le cycle du riz, ils vérifient désormais le taux d’humidité dans le sol. Ils savent maintenant comment prélever des échantillons et interpréter les résultats…
Quelques bonnes (et parfois surprenantes) pratiques de l’agriculture bio locale
- 45 jours avant de semer le riz, les paysans plantent du chanvre d’or, une variété locale utilisée comme engrais vert. Une fois à maturité, les plants sont arrachés, écrasés et mélangés à la terre pour la nourrir.
- Pour ne pas laisser les insectes détruire la récolte, les armes sont naturelles : de la purée d’ail pour lutter contre l’asticot, des pièges à phéromones contre les scrirophages (une sorte de papillon), des pièges de lumière la nuit contre les sauterelles…
- Pour éradiquer les maladies des plants de riz, ils préparent des solutions à base de curcuma, de graines de moutarde ou encore de poudre de bouse de brebis. Une pharmacopée très locale !
- Pour fertiliser les terres, ils fabriquent leur propre compost composé de paille, de bouses de vaches et de déchets domestiques.

De meilleures conditions de travail au champ
Une des premières mesures financées par le programme équitable en 2018 a été l’achat pour chaque fermier d’un équipement de sécurité comprenant des chaussures de protection contre les serpents, nombreux dans l’eau des rizières, et des torches à led. En 2022, en complément, ils ont reçu une formation pour reconnaître les serpents vénéneux et apporter les soins d’urgence en cas de morsure.
Si le repiquage du riz et l’arrachage des mauvaises herbes se font encore à la main, d’autres gestes sont maintenant mécanisés. Les paysans se partagent l’usage de tracteurs et d’une machine à planter le riz, achetée en 2022.



Des cours de couture pour
apprendre un métier
Parmi les actions collectives financées avec la prime au commerce équitable, les femmes nous ont fait part de leur projet d’ouvrir un atelier de saris traditionnels pour gagner en autonomie.
En 2022, deux premiers centres de formation équipés de six machines à coudre ont ouvert leurs portes, dans les villages de Mulachak et de Talhar. Fin 2025, la coopérative compte trois ateliers de formation et près de 200 femmes ont été « diplômées ». Le programme dure un an, à raison de deux heures par jour, six jours par semaine, et donne lieu à un certificat de participation.
Aujourd’hui, certaines font de la couture pour leur famille, d’autres génèrent un revenu complémentaire en réparant les vêtements de leurs voisins. Une femme a même ouvert sa propre boutique. Un pas décisif vers plus d’autonomie et de reconnaissance.


Quelles autres avancées concrètes ?
En visite sur place en novembre 2025, nous avons fait le tour avec les responsables des 2 coopératives de quelques-uns des projets financés en 2024-2025 grâce à la prime du Commerce équitable :
- Des lampadaires solaires pour éclairer les rues dans les villages,
- L’entretien d’un étang où sont collectées les eaux de pluie,
- La fourniture de 600 kits d’équipement agricole (sarcloirs, outils de coupe, etc.)
- La remise de 350 kits de protection contre les piqûres d’insectes et morsures de nuisibles,
- Deux nouveaux refroidisseurs d’eau dans des écoles et deux réservoirs d’eau potable,
- L’achat d’une machine pour nettoyer le riz paddy après la récolte.
… et d’autres projets en cours
- Des kits d’équipements sportifs dans les villages (cricket, football, badminton) dans le cadre du programme national de développement du sport en Inde,
- Construction d’un lavoir dans un des villages et de conduits d’irrigation,
- Le remplacement de disjoncteurs,
- De nouveaux points d’accès à l’eau fraîche dans les villages,
- L’identification des enfants issus de familles défavorisées ou de travailleurs journaliers pour leur fournir des sacs et des livres scolaires…
Notre riz bio sobre en eau est cultivé au Pakistan
C’est au pied de l’Himalaya, dans la région des cinq rivières, que 121 petits riziculteurs répartis dans deux villages différents cultivent notre riz Basmati bio équitable de variété Super Basmati. Dans cette province arrosée par les eaux de fonte du toit du monde, l’eau est une ressource rare et précieuse.
Depuis 2018, à notre initiative et avec notre soutien financier, des fermiers regroupés en association expérimentent des techniques de cultures innovantes. Ils cultivent désormais le riz autrement pour économiser l’eau et… ils obtiennent de très bons résultats !
En 2023, dans la coopérative dirigée par Abdul, du côté de Kamoké, les riziculteurs sont parvenus à réduire de 20 % leur consommation d’eau et d’électricité. Ils estiment que leurs émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 30 % !

Une expérience de culture réussie, pour aller plus loin
Cette technique de travail des sols est inspirée de la méthode appelée SRI (system of rice intensification), mise en œuvre notamment à Madagascar et en Afrique.
La première étape consiste à niveler le sol des rizières pour supprimer les bosses et les trous avant de planter le riz. Cette opération, réalisée à l’aide d’un laser, permet de répartir l’eau sur toute la surface de la parcelle.
Des sondes sont ensuite installées dans le sol pour permettre de gérer les niveaux d’eau. Quelques centimètres suffisent pour irriguer le riz.
Ensuite, pendant la croissance des plants de riz, les rizières ne sont plus inondées en permanence. Elles sont alternativement inondées et asséchées afin de créer des périodes de stress hydrique propices au renforcement des racines, à la multiplication des tiges et des panicules, ces petites grappes de grains de riz.
Résultat : les paysans puisent moins d’eau dans les nappes phréatiques, et on constate une diminution de la vie bactérienne qui produit du méthane, un puissant gaz à effet de serre.




Retour de visite au Pakistan
Lors de sa dernière visite sur place en novembre 2025, Marcello, notre responsable des achats, a constaté que les projets financés par le Commerce équitable sont toujours aussi nombreux.
- 2 séchoirs à riz et 10 silos ont été achetés pour permettre aux paysans de conserver le riz et le vendre au meilleur prix quand ils le souhaitent.
- Les fermiers ont reçu des formations pour améliorer la plantation du riz en pépinière avant la transplantation dans les parcelles.
- 4 nouvelles stations de potabilisation de l’eau sont en cours pour alimenter 20 000 habitants.
- Plus de 300 patients ont été examinés et soignés par 5 médecins spécialistes lors d’un camp médical.
- 260 enfants scolarisés ont reçu des cartables, des fournitures et des bouteilles d’eau pour aller à l’école.
En 2024-2025, la coopérative a également investi dans la transition énergétique : les silos et séchoirs fonctionnent désormais majoritairement à l’énergie solaire, ce qui réduit fortement les coûts pour les petits producteurs.
Et les projets ne manquent pas pour 2026 :
- Achat d’un 3e séchoir pour le riz paddy juste après la récolte,
- Achat de tracteurs pour préparer les terres…
De nouveaux fermiers veulent aujourd’hui rejoindre le groupement. C’est une bonne chose !
